Le confort de la routine

31 mars 2016 - 23:02

A quoi ressemble le foot dans «la pire» division répertoriée en France ? Francefootball.fr vous propose une plongée dans ce foot amateur à travers cette chronique tenue par le coach d'Esvres-sur-Indre, en cinquième division départementale. Aujourd'hui, il nous raconte les petits rituels qui entourent chaque rencontre.

«Je ne suis pas superstitieux. Je ne l’ai jamais été. Pourtant, je dois avouer que certaines habitudes ont un peu un côté rassurant. Elles offrent un cadre familier qui rappelle à tout le monde que, ça y est, les choses sérieuses commencent. Tous les dimanches, les garçons sont convoqués une heure avant le match. Plus le temps de trajet, pour les matches à l’extérieur. Et invariablement, ils arrivent dans le même ordre au stade.

Le président, toujours le premier arrivé

Aldo, le président, vêtu de sa tenue du club, ouvre les portes, le portail. Il a quinze minutes d’avance, systématiquement. Arrivent ensuite les petits nouveaux, soucieux de ne pas faire le moindre faux-pas au cours de leurs premiers rendez-vous. Généralement, les fumeurs sont aussi en avance: le temps d’en griller une petite avant de filer aux vestiaires. Les premiers arrivés font couler le café. L’essentiel de l’équipe suit. Toujours à l’heure. Sauf un, que l’on attend tous les dimanches. En début de saison, c’était Jéjé. Dur dur de mener de front une vie nocturne folle le samedi et de se pointer au stade quelques heures plus tard. Et s’il est parti se caler sur un autre fuseau horaire du côté du Pérou, j’ai remarqué que le retardataire n’était pas un individu mais un concept. Entre ceux qui bossent le dimanche matin, ceux qui ratent le réveil et ceux qui te disent «j’arrive» avant même d’être partis de chez eux, j’ai toujours une raison valable pour mettre tout le groupe à la bourre. Le vestiaire d'Esvres-sur-Indre. (L'Equipe)Le vestiaire d'Esvres-sur-Indre. (L'Equipe) J’attends que les garçons soient changés pour entamer ma causerie. Là encore, le schéma est immuable : composition, consignes propres à la rencontre, et petite pique pour titiller l’amour propre. C’est généralement le moment où Titi, responsable de la buvette, entre dans la pièce et claque la bise à tous les joueurs. Les garçons peuvent sortir s’échauffer. Le temps de saluer les dirigeants, j’ai droit au même spectacle chaque fois que je retrouve les garçons censés s’échauffer sur le terrain. Les anciens qui enquillent les tours de terrain, et les jeunes qui s’envoient des passes à la précision variable, et discutable, de trente mètres. A froid. Instinctivement, ils doivent sentir quand j’arrive: comme par miracle, le groupe se découvre une vraie cohésion avant même que j’aie le temps de gueuler un bon coup. Il n’est pas rare, ensuite, qu’un des joueurs se rende subitement compte qu’il n’a pas mis les bonnes chaussures, qu’il soit pris d’une envie pressante ou qu’il ait besoin d’un strap’. Toujours quelques précieuses minutes de gagnées sur l’échauffement. «C'est un arbitre bénévole, mais c'est comme un officiel». Quinze minutes avant le coup d’envoi, Aldo - qui a troqué sa casquette de président pour le brassard de capitaine - quitte ses partenaires: consignes de l’arbitre. Les autres en profitent pour souffler : l’aîné a plus d’énergie qu’une bonne moitié de ses coéquipiers réunis. Il rejoint les troupes, et répète invariablement : «Bon les gars, c’est un arbitre bénévole, mais c’est comme un officiel. Pas de contestation, et on peut jouer vite». C’est ensuite au tour de Tonio de prendre la parole : un cri de guerre, et mes soldats partent au front. J’ai de la chance : depuis quelques semaines, j’ai aussi droit au cri de guerre après la rencontre. Dimanche dernier, après avoir passé six buts à Benais, les garçons s’en sont donné à cœur joie dans le vestiaire. «C’est qui les meilleurs ? C’est nous !» ; «Atchik, atchik, atchik»… Tout y est passé. Et je dois bien admettre que je l’aime bien, cette routine. Surtout quand elle se termine dans les cris. Avant une petite bière. Mais celle-là, on se l’accorde quel que soit le résultat». Benjamin Henry 

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Ce club existe depuis 1938 et à ce titre mérite d'avoir sa boîte à souvenirs .... Alors n'hésitez pas à m'envoyer des photos qui pourraient marquer l'histoire de ce club ..