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«Il faut vraiment que j'arrête de fumer»

29 avril 2016 - 10:16

A quoi ressemble le foot dans «la pire» division répertoriée en France ? Francefootball.fr vous propose une plongée dans ce foot amateur à travers cette chronique tenue par le coach d'Esvres-sur-Indre, en cinquième division départementale.

J’ai pris ma retraite sportive il y a bien longtemps. Pour moi, le sport se résume au match de foot à 7 hebdomadaire et au traditionnel footing semestriel. Du haut de mes 27 ans, j’ai compris très vite qu’il valait mieux laisser la place aux jeunes. Il est donc assez simple d’imaginer l’état de ma condition physique : déplorable. Pourtant, depuis quelques semaines, mon nom apparaît de plus en plus souvent sur la feuille de match. Souvent à la 14e place, histoire de faire le nombre et d’impressionner l’adversaire au moment de l’appel des licences. S’ils savaient... Plus récemment, j’ai senti le coup se faire. Nico, l’entraîneur de la première, sélectionné et titulaire. Deux, trois joueurs à la condition douteuse. Des absences de dernière minute. Et me voilà n°13.
  «C’est pour faire le nombre», que je me disais. Histoire de ne pas laisser imaginer à Lignières, qui nous précédait au classement, qu’on était "juste juste" pour boucler la feuille de match. Idée brillante de ma part, tiens. A peine vingt minutes de jeu et déjà, ça commence à tirer la langue dans les rangs. Pas fou, je fais mon premier changement. Tranquille. Après une nuit de sommeil un peu courte (sans doute à force de réfléchir à ma composition, dirons-nous), je compte bien rester

A quoi ressemble le foot dans «la pire» division répertoriée en France ? Francefootball.fr vous propose une plongée dans ce foot amateur à travers cette chronique tenue par le coach d'Esvres-sur-Indre, en cinquième division départementale.

J’ai pris ma retraite sportive il y a bien longtemps. Pour moi, le sport se résume au match de foot à 7 hebdomadaire et au traditionnel footing semestriel. Du haut de mes 27 ans, j’ai compris très vite qu’il valait mieux laisser la place aux jeunes. Il est donc assez simple d’imaginer l’état de ma condition physique : déplorable. Pourtant, depuis quelques semaines, mon nom apparaît de plus en plus souvent sur la feuille de match. Souvent à la 14e place, histoire de faire le nombre et d’impressionner l’adversaire au moment de l’appel des licences. S’ils savaient... Plus récemment, j’ai senti le coup se faire. Nico, l’entraîneur de la première, sélectionné et titulaire. Deux, trois joueurs à la condition douteuse. Des absences de dernière minute. Et me voilà n°13.
  «C’est pour faire le nombre», que je me disais. Histoire de ne pas laisser imaginer à Lignières, qui nous précédait au classement, qu’on était "juste juste" pour boucler la feuille de match. Idée brillante de ma part, tiens. A peine vingt minutes de jeu et déjà, ça commence à tirer la langue dans les rangs. Pas fou, je fais mon premier changement. Tranquille. Après une nuit de sommeil un peu courte (sans doute à force de réfléchir à ma composition, dirons-nous), je compte bien rester en survêtement encore un moment. Trois minutes. C’est très précisément le temps qu’aura duré ce fameux moment. Trois minutes avant que JP ne me fasse des grands moulinets des bras à chaque fois qu’il sort du champ de vision de son adversaire direct. La détresse de son visage me force à l’empathie. Seigneur, j’accède à sa requête. Deux allers et retours sur une dizaine de mètres font office d’échauffement. Pas de temps à perdre quand il s’agit de voler à la rescousse de mes joueurs. «On sait bien qu'à chaque fois que tu rentres, tu perds le premier ballon. Après, ça va». Un coup d’œil au chrono. Il reste 23 minutes à jouer avant la mi-temps. Large ! Je rejoins le couloir droit de ma défense, sous les regards inquiets de mes partenaires. En tête, j’ai encore les remarques de certains. «On sait bien qu’à chaque fois que tu rentres, tu perds le premier ballon. Après, ça va», m’avait fait assez justement remarquer Nico, habituel collègue de la défense centrale et relativement prompt à me couvrir pour parer à l’éventualité de ce ballon perdu. Bien décidé à ne pas me ridiculiser devant mes joueurs, je m’applique à jouer simple, comme je leur répète avant chaque rencontre. Premier contrôle : ça passe. Première accélération : il faut vraiment que j’arrête de fumer. Ou de courir, c’est selon. Le festival démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à me rendre compte que rien ne remplace la compétition : les transversales qui faisaient jadis ma gloire ne trouvent pas preneur, les tacles qui m’ont valu le surnom de "faucheuse" chez les jeunes peinent à faire les ravages escomptés. Je dois bien me rendre à l’évidence : après quelques (looongues) minutes, je suis cramé. La mi-temps arrive à point nommé.
  Mes ouailles reposées, je crois pouvoir me la couler douce et me contenter de coacher : que nenni ! Rebelote après les citrons. Et je découvre ce que tous les sportifs du dimanche en léger surpoids appellent le "second souffle". Cet art d’assurer l’essentiel en courant le moins possible. Contrôle, passe, contrôle, passe. Juste assez d’efforts, finalement, pour justifier la première bière après la rencontre. Et sans doute une bonne moitié de la deuxième. Juste assez d’efforts, aussi, pour me rappeler au bon souvenir des courbatures du lundi. Alors oui, j’ai repris du service. Et depuis, chaque week-end, je prie encore plus fort pour avoir 14 noms à coucher sur la feuille de match. Histoire de ne pas me retrouver encore une fois avec ce foutu n°13.

A quoi ressemble le foot dans «la pire» division répertoriée en France ? Francefootball.fr vous propose une plongée dans ce foot amateur à travers cette chronique tenue par le coach d'Esvres-sur-Indre, en cinquième division départementale.

J’ai pris ma retraite sportive il y a bien longtemps. Pour moi, le sport se résume au match de foot à 7 hebdomadaire et au traditionnel footing semestriel. Du haut de mes 27 ans, j’ai compris très vite qu’il valait mieux laisser la place aux jeunes. Il est donc assez simple d’imaginer l’état de ma condition physique : déplorable. Pourtant, depuis quelques semaines, mon nom apparaît de plus en plus souvent sur la feuille de match. Souvent à la 14e place, histoire de faire le nombre et d’impressionner l’adversaire au moment de l’appel des licences. S’ils savaient... Plus récemment, j’ai senti le coup se faire. Nico, l’entraîneur de la première, sélectionné et titulaire. Deux, trois joueurs à la condition douteuse. Des absences de dernière minute. Et me voilà n°13.
  «C’est pour faire le nombre», que je me disais. Histoire de ne pas laisser imaginer à Lignières, qui nous précédait au classement, qu’on était "juste juste" pour boucler la feuille de match. Idée brillante de ma part, tiens. A peine vingt minutes de jeu et déjà, ça commence à tirer la langue dans les rangs. Pas fou, je fais mon premier changement. Tranquille. Après une nuit de sommeil un peu courte (sans doute à force de réfléchir à ma composition, dirons-nous), je compte bien rester en survêtement encore un moment. Trois minutes. C’est très précisément le temps qu’aura duré ce fameux moment. Trois minutes avant que JP ne me fasse des grands moulinets des bras à chaque fois qu’il sort du champ de vision de son adversaire direct. La détresse de son visage me force à l’empathie. Seigneur, j’accède à sa requête. Deux allers et retours sur une dizaine de mètres font office d’échauffement. Pas de temps à perdre quand il s’agit de voler à la rescousse de mes joueurs. «On sait bien qu'à chaque fois que tu rentres, tu perds le premier ballon. Après, ça va». Un coup d’œil au chrono. Il reste 23 minutes à jouer avant la mi-temps. Large ! Je rejoins le couloir droit de ma défense, sous les regards inquiets de mes partenaires. En tête, j’ai encore les remarques de certains. «On sait bien qu’à chaque fois que tu rentres, tu perds le premier ballon. Après, ça va», m’avait fait assez justement remarquer Nico, habituel collègue de la défense centrale et relativement prompt à me couvrir pour parer à l’éventualité de ce ballon perdu. Bien décidé à ne pas me ridiculiser devant mes joueurs, je m’applique à jouer simple, comme je leur répète avant chaque rencontre. Premier contrôle : ça passe. Première accélération : il faut vraiment que j’arrête de fumer. Ou de courir, c’est selon. Le festival démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à me rendre compte que rien ne remplace la compétition : les transversales qui faisaient jadis ma gloire ne trouvent pas preneur, les tacles qui m’ont valu le surnom de "faucheuse" chez les jeunes peinent à faire les ravages escomptés. Je dois bien me rendre à l’évidence : après quelques (looongues) minutes, je suis cramé. La mi-temps arrive à point nommé.
  Mes ouailles reposées, je crois pouvoir me la couler douce et me contenter de coacher : que nenni ! Rebelote après les citrons. Et je découvre ce que tous les sportifs du dimanche en léger surpoids appellent le "second souffle". Cet art d’assurer l’essentiel en courant le moins possible. Contrôle, passe, contrôle, passe. Juste assez d’efforts, finalement, pour justifier la première bière après la rencontre. Et sans doute une bonne moitié de la deuxième. Juste assez d’efforts, aussi, pour me rappeler au bon souvenir des courbatures du lundi. Alors oui, j’ai repris du service. Et depuis, chaque week-end, je prie encore plus fort pour avoir 14 noms à coucher sur la feuille de match. Histoire de ne pas me retrouver encore une fois avec ce foutu n°13. en survêtement encore un moment. Trois minutes. C’est très précisément le temps qu’aura duré ce fameux moment. Trois minutes avant que JP ne me fasse des grands moulinets des bras à chaque fois qu’il sort du champ de vision de son adversaire direct. La détresse de son visage me force à l’empathie. Seigneur, j’accède à sa requête. Deux allers et retours sur une dizaine de mètres font office d’échauffement. Pas de temps à perdre quand il s’agit de voler à la rescousse de mes joueurs. «On sait bien qu'à chaque fois que tu rentres, tu perds le premier ballon. Après, ça va». Un coup d’œil au chrono. Il reste 23 minutes à jouer avant la mi-temps. Large ! Je rejoins le couloir droit de ma défense, sous les regards inquiets de mes partenaires. En tête, j’ai encore les remarques de certains. «On sait bien qu’à chaque fois que tu rentres, tu perds le premier ballon. Après, ça va», m’avait fait assez justement remarquer Nico, habituel collègue de la défense centrale et relativement prompt à me couvrir pour parer à l’éventualité de ce ballon perdu. Bien décidé à ne pas me ridiculiser devant mes joueurs, je m’applique à jouer simple, comme je leur répète avant chaque rencontre. Premier contrôle : ça passe. Première accélération : il faut vraiment que j’arrête de fumer. Ou de courir, c’est selon. Le festival démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à me rendre compte que rien ne remplace la compétition : les transversales qui faisaient jadis ma gloire ne trouvent pas preneur, les tacles qui m’ont valu le surnom de "faucheuse" chez les jeunes peinent à faire les ravages escomptés. Je dois bien me rendre à l’évidence : après quelques (looongues) minutes, je suis cramé. La mi-temps arrive à point nommé.
  Mes ouailles reposées, je crois pouvoir me la couler douce et me contenter de coacher : que nenni ! Rebelote après les citrons. Et je découvre ce que tous les sportifs du dimanche en léger surpoids appellent le "second souffle". Cet art d’assurer l’essentiel en courant le moins possible. Contrôle, passe, contrôle, passe. Juste assez d’efforts, finalement, pour justifier la première bière après la rencontre. Et sans doute une bonne moitié de la deuxième. Juste assez d’efforts, aussi, pour me rappeler au bon souvenir des courbatures du lundi. Alors oui, j’ai repris du service. Et depuis, chaque week-end, je prie encore plus fort pour avoir 14 noms à coucher sur la feuille de match. Histoire de ne pas me retrouver encore une fois avec ce foutu n°13.

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